Pendant longtemps, nous avons étudié la santé humaine et animale comme deux mondes séparés. Pourtant, la science découvre de plus en plus qu’ils s’éclairent mutuellement.
L’humain aime souvent se percevoir comme fondamentalement différent du reste du vivant. Pourtant, nous partageons avec les autres espèces bien plus que nous le croyons : des mécanismes biologiques, des réponses au stress, des besoins sociaux et émotionnels, ainsi qu’une capacité d’adaptation profondément ancrée dans l’évolution.
Pendant des décennies, la médecine humaine et la médecine vétérinaire ont évolué en parallèle, chacune dans son univers. Mais aujourd’hui, plusieurs chercheurs remettent en question cette vision fragmentée du vivant.
Parmi eux, la Dre Barbara Natterson-Horowitz, cardiologue et professeure associée à Harvard et UCLA, qui s’intéresse depuis des années à ce que les autres espèces peuvent nous apprendre sur la santé humaine.
Après avoir travaillé avec le zoo de Los Angeles sur les maladies cardiovasculaires des grands singes, elle a commencé à observer quelque chose de fascinant : plusieurs problématiques que nous considérons comme “humaines” existent aussi chez d’autres espèces. Comme par exemple: le stress chronique, l'anxiété, la douleur, (dont la reconnaissance chez les espèces non-humaines est relativement récente), troubles cardiovasculaires, réactions liées au traumatisme, comportement de retrait ou d'adaption sociale et bien d'autres encore.
Ces ressemblances soulèvent une question importante : et si nous avions davantage à apprendre du vivant que nous le croyons ?
Dans ses travaux, la Dre Natterson-Horowitz défend une approche appelée « médecine évolutionnaire comparative », qui consiste à mieux comprendre la santé humaine en observant également les adaptations et les vulnérabilités présentes chez les autres espèces.
Par exemple, certaines recherches sur les girafes ont permis d’explorer des mécanismes liés à la haute pression artérielle et à la protection cardiovasculaire. D’autres études portant sur certaines espèces de poissons ont amené des réflexions fascinantes sur les comportements de retrait observés en contexte de stress social important.
L’objectif n’est pas d’humaniser les animaux à outrance ni de simplifier des phénomènes complexes mais plutôt de reconnaître que nous partageons une base biologique commune issue de l’évolution.
Et cette réalité a aussi des implications importantes dans notre relation quotidienne avec les animaux. Pendant longtemps, le comportement animal a souvent été analysé isolément, comme s’il fallait simplement “corriger” un comportement visible. Or, la science moderne nous montre de plus en plus qu’aucun être vivant ne fonctionne en fragments.
Un inconfort physique peut influencer la tolérance émotionnelle.
Le stress peut modifier l’apprentissage et les capacités d’adaptation.
L’environnement influence directement le système nerveux.
Le sentiment de sécurité influence les comportements et les interactions sociales.
Et cette réalité concerne autant les humains que les animaux.
C’est d’ailleurs ce qui me touche profondément dans l’évolution actuelle des connaissances : plus la science avance, plus elle semble nous ramener vers une compréhension plus globale, plus nuancée et plus interconnectée du vivant.
Observer un animal, ce n’est pas seulement regarder un comportement. C'est aussi considérer son état physique, son environnement, son niveau de stress, ses expériences passées, son sentiment de sécurité et la qualité de la relation avec les humains et les autres animaux qui l'entourent.
Parce qu’au fond, le bien-être n’est jamais uniquement physique ou uniquement émotionnel.
Tout est lié.
Peut-être que l’une des plus grandes forces de la science actuelle est justement de nous rappeler ceci : nous ne sommes pas séparés du vivant, nous en faisons partie. Et même si parfois l'humain a tendance à l'oublier, il est, lui aussi, un animal comme les autres...